Les espaces verts accélèrent-ils la « gentrification » des quartiers de villes ?

La « High Line », ancienne voie ferrée traversant l’ouest de Manhattan à une dizaine de mètres du sol, est devenue en peu de temps une des principales attractions de New-York. Initialement vouée à la démolition, sauvée in extremis après des années d’action militante, elle est finalement devenue un parc urbain linéaire, un peu à la manière de la « coulée verte » aménagée dans le 12è arrondissement de Paris. Le maire de New-York, M. Bloomberg [ce présent article de blog date de 2013], loue aujourd’hui cette réalisation, qui est appréciée des visiteurs et… des investisseurs dans l’immobilier. Il a en effet été estimé que cet aménagement allait générer 4 milliards de dollars d’investissements immobiliers aux abords, et 900 millions de dollars de revenus pour la ville dans les 30 ans à venir.

Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, si ce n’est que divers commentateurs ressentent un malaise croissant devant ce parc très léché et policé, qui offre en spectacle à un public de BCBG des quartiers jadis industrieux et populaires, et qui fait monter en flèche le prix des logements dans les alentours – car c’est le petit inconvénient de ce « miracle économique ». Le nettoyage des crasseux bâtiments de briques va de pair avec un grand nettoyage social. Les coûts d’entretien allant de 2 à 4 millions de dollars par an, dont plus de la moitié d’argent public, et l’investissement représentant plus de 240 millions, des gens se demandent si le jeu en vaut bien la chandelle. Avant l’ouverture du parc, on estimait que 15.000 à 25.000 personnes vivaient sous le seuil de pauvreté autour de cet aménagement. Aujourdhui, le prix des logements et des locations ayant grimpé en flèche, on se demande où peut bien vivre cette population. Par ailleurs M. Bloomberg propose actuellement de réduire de 170 millions de dollars le budget des aides sociales à l’enfance.

Une des architectes du parc, Liz Diller, considérait qu’une des qualités de cet aménagement serait « d’inciter les New-Yorkais à ne rien faire », c’est à dire à se balader le nez en l’air ou à se prélasser au soleil au-dessus des laborieux qui grouillent en contrebas dans les ateliers, les entrepôts et les bureaux. Ces gens ordinaires ne fréquentent d’ailleurs guère la High Line, à ce qu’il paraît, et il n’y a là finalement pas grand-chose d’autre à faire que de regarder le spectacle de la ville, ce qui n’est déjà pas mal, mais exclut toute forme d’activité pouvant intéresser les enfants par exemple.

Ces points de vues très critiques sur un « monument à la gentrification » posent donc des questions intéressantes sur la planification de l’offre d’espaces verts et sur la prise en compte des critères sociaux (à qui ces investissements publics profitent-ils vraiment ?).

Références sélectionnées : articles ici (La pauvreté sous la High Line) et ici (Le monument de New-York à la gentrification). Pour ceux qui verraient dans le financement privé la solution aux problèmes de budgets publics, lire Quand le mécénat aggrave les inégalités sociales.

Date de l’article d’origine : 5 mars 2013. Photo : la High Line.

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