« Festivisation » des espaces publics et tranquillité des habitants

L’excellente revue rennaise « Place Publique » publie dans son dernier numéro (37, septembre-octobre 2015) des articles qui nous concernent ici, dont un sur les temporalités de la ville et un autre intitulé « Les rêveries éveillées d’un dormeur contrarié ». L’auteur, vieil habitué des nuits rennaises en même temps qu’habitant du centre-ville, y évoque un humour réjouissant quoiqu’un peu grinçant les désagréments provoqués par les usages festifs des espaces publics urbains.

Le fait est qu’au nom de la promotion de l’animation, de la vie sociale et de la culture populaire, les places et rues piétonnes des centres-villes ont tendance à être utilisées comme lieux de spectacles en plein-air à grands renforts de sonorisation, de conversations animées et souvent alcoolisées jusqu’à pas d’heure, de gueuloirs, de dégueuloirs ou d’urinoirs à ciel ouvert, parce que c’est trooop cool de faire la teuf là où il y a des potes, des bistrots et des restos et de pouvoir laisser derrière soi mégots et emballages de McDo sachant que la balayeuse municipale passera au lever du jour. Et à Rennes on est bien placé pour en parler, vu que la célèbre « rue de la Soif », naguère connue sous le nom de rue Saint-Michel, a déjà eu à diverses reprises les honneurs de la presse nationale. L’article qui suit celui dont nous parlons traite d’ailleurs de « La nuit rennaise vue du comptoir »…tout un programme !

Conscient qu’on va à tous les coups l’accuser d’être « vieux, con, réactionnaire, poujadiste, biberonné au finkielkrautisme », Gauthier Aubert essaie de se cramponner sans grande conviction à la future nouvelle « charte de la vie nocturne » en se disant qu’au moins, « elle sonnera comme une reconnaissance symbolique de la légitimité des râleries des victimes du son et de la fête, comme l’aveu de la justesse des propos de tous les contempteurs des ravages de la noctambulie faussement joyeuse, et qu’elle marquera la réduction à néant des pauvres discours sur la nécessaire festivisation de l’espace public – « parce que, avant, vous comprenez, la ville était tellement triste »- assénée depuis des années par des communicants de tous poils (…).« 

Il est effectivement salubre de rappeler de temps à autre qu’avant d’être un espace festif, un centre-ville est un endroit où il reste encore des habitants qui vivent et travaillent, qu’un des principaux motifs de la fuite d’habitants des villes vers les périphéries pavillonnaires est le problème du bruit, et que le « retour aux centres-villes » ne risque pas de marcher dans une ambiance de foirail permanent. Attention donc à ce que la création d’ « espaces de convivialité » au nom des sociotopes, du Placemaking ou de Dieu sait quoi encore ne perturbe pas le légitime besoin de calme et de sommeil des urbains.

Date de l’article d’origine : 14 octobre 2015

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