La largeur des trottoirs

L’autre soir à Montbéliard, le paysagiste Alfred Peter a mis dans le mille en ouvrant son exposé par une citation de l’écrivain Cioran, pour qui l’événement le plus important de la seconde moitié du 20è siècle était « la réduction de la largeur des trottoirs ». C’était bien vu, mais on peut faire mieux en citant cette fois Cioran cité et commenté par un autre écrivain, Milan Kundera :

« Le plus grand événement de cette deuxième moitié de siècle, c’est la fin des trottoirs », disait un jour Cioran. Je vois encore les sourires polis et embarrassés qui suivirent. Pourtant, quelle leçon du concret ! Car une kyrielle d’événements dramatiques se déroule sans infléchir si peu que ce soit le cours de notre vie, tandis que le remplacement des trottoirs par ces minces passerelles jetées entre les piquets, les voitures garées, les poubelles, où il est impossible de flâner, de faire halte, de marcher côte à côte, a transformé la notion même de la ville, du quotidien, des promenades, du plaisir de vivre. Non seulement nous ne sommes plus capables de voir les trottoirs tels qu’ils sont, mais nous ne sommes même pas capables de nous rendre compte de cette incapacité ».

Date de l’article d’origine : 14 octobre 2012

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s