Une histoire de bancs

Depuis quelques années, ce blog vous présente des exemples de bancs publics particulièrement calamiteux. Aujourd’hui, le sommet est atteint avec cette histoire des habitants de Bréthisy (Meurthe-et-Loire) « qui, s’étant plaints auprès du maire de ne pas avoir de bancs pour s’asseoir en ville, finissent par obtenir gain de cause. Mais hélas, pressés d’inaugurer les bancs fraîchement posés, ils doivent vite déchanter en constatant à leurs dépens que la peinture des bancs n’était pas sèche. Re-plainte auprès du maire, et nouvelle délibération du conseil municipal qui décide de faire peindre sur les bancs la mention «Défense de s’asseoir, aussi longtemps que la pein­ture ne sera pas sèche». Trois mois passent et les Bréthisyens font valoir au maire « qu’il est absolument inutile d’avoir des bancs si l’on ne peut s’asseoir dessus ». Nouvelle délibération du conseil municipal qui, pour donner suite à cette légitime objection, décide de faire peindre en jaune sur les bancs la mention «bancs pour s’asseoir ». Les Bréthisyens s’assoient donc… et déplorent à nouveau d’avoir des lettres jaunes au dos de leurs vêtements. Re-plainte auprès du maire, nouvelle délibération du conseil municipal qui juge plus sage de faire peindre sur les bancs l’avertissement suivant : «Attendez, avant de vous asseoir, que la peinture soit sèche.» Les Bréthisyens, disciplinés, attendent prudemment trois bons mois, puis font remarquer que, la peinture étant sèche, l’avertissement est devenu caduc. Le maire et le conseil municipal approuvent cette remarque de pur bon sens et décident en conséquence de mettre sur les bancs une nouvelle ins­cription : «Vous pouvez vous asseoir, la peinture est sèche. » Tout heureux, les Bréthisyens obtempèrent… et se retrouvent une nouvelle fois bariolés de lettres blanches dans le dos ! Nouvelle plainte au maire qui réunit son conseil municipal, lequel, de guerre lasse, arrête la décision suivante : « Les bancs de la promenade sont supprimés » ! »

Ce texte d’un certain Jules Jouy (1855-1897), garçon-boucher passé à la littérature, nous est livré par Jacques Rouvière dans « Dix siècles d’humour dans la littérature française », 2005.

Date de l’article d’origine : 4 octobre 2012.

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