Repenser les parkings

Un livre de 130 pages sur les parkings est paru tout récemment aux Etats-Unis, sous le titre « Re-thinking a lot / the design and culture of parking » (Voir ici) . « Rethinking a lot » signifie à la fois « repenser beaucoup » et « repenser le stationnement » (= parking lot) ; en d’autres termes, c’est un sujet qui donne beaucoup à réfléchir… Cet ouvrage, qui a récemment eu les honneurs de la « une » du New-York Times,  est l’œuvre d’Eran Ben-Joseph, professeur d’urbanisme et de paysage au MIT. (et voir aussi dans ce blog Le parking comme sociotope).

L’esthétique d’un espace de stationnement fut considérée comme importante dans les années 1920 / 1940, mais par la suite, le dessin de ces endroits a été abandonné aux constructeurs. Même des cités très progressistes comme Cambridge, Mass., proposent 30 pages de règles sur la dimension et l’organisation des espaces de stationnement, mais rien sur ce à quoi ils doivent ressembler. Le résultat fut que la plupart des constructeurs se contentèrent de créer les aménagements les plus basiques possibles. Beaucoup de collectivités les considèrent comme quelque chose à traiter a minima au lieu de les utiliser comme des opportunités pour créer quelque chose d’attrayant qui puisse améliorer la qualité de vie.

Tous ces espaces de stationnement ne sont pas seulement coûteux, ils représentent aussi des opportunités gâchées. Le coût moyen d’une place de stationnement est de 4000 $ à l’air libre, 20.000 $  pour une structure aérienne à étages et 30.000 à  40.000 $ pour un parking souterrain. Pour nous donner une idée d’opportunité gâchée, Ben-Joseph indique que les 1713 miles carrés de parkings américains (4437 km²) pourraient être utilisés pour produire un milliard de KWH d’électricité solaire. Avec 50 % de cette surface couverte d’arbres, l’espace pourrait traiter 2 milliards de m3 d’eaux de ruissellement, générer 822,264 tonnes d’oxygène, et stocker 1,2 million de tonnes de dioxyde de carbone annuellement.

Pourtant, bien peu de communautés imposent des règles même basiques pour rendre ces lieux juste un petit peu verts et perméables. L’auteur signale des exemples particulièrement bien dessinés par des paysagistes et des architectes, mais ils restent malheureusement des oiseaux rares. A Turin, Renzo Piano a créé un beau parking juste avec des rangées d’arbres mêlées aux espaces de stationnement (…). Pour Ben-Joseph, un parking bien dessiné peut répondre aux besoins d’un environnement changeant. Pour cela, les collectivités doivent repenser leurs réglementations pour autoriser ou même pour exiger des conceptions plus créatives, permettant d ‘avoir des espaces plus flexibles. Il se demande même si on ne pourrait pas donner aux parkings des fonctions régénératives – on imagine par exemple d’utiliser la  phytoremédiation pour transformer une friche industrielle en une aire de stationnement vivante et restauratrice.

Au-delà des bénéfices environnementaux, des parkings plus adaptables peuvent aider des communautés à créer du lien social. Dès à présent, dans les parkings, des enfants apprennent à faire du vélo, des adolescents à conduire une voiture, des étudiants se réunissent après l’école… Dans beaucoup de communautés, on y trouve des marchés fermiers ou des foires aux puces le week-end. Près des stades, on y fait des regroupements d’avant-match ou des troisièmes mi-temps. Sur les parkings de Wal-Mart, des gens passent la nuit dans leur véhicule. Dans beaucoup de villes, des camionnettes de marchands ambulants transforment de tristes parkings en endroits où on peut venir manger ou même écouter de la  musique. L’important est que les autorités locales et les aménageurs autorisent vraiment de telles activités et révisent les réglementations pour que les parkings offrent des fonctions sociales multiples.

Les parkings peuvent aussi devenir des lieux d’activisme. Le paysagiste John Bela a créé le mouvement REBAR et lancé le « Parking Day ». En 2009, 700 parkings ont été convertis en mini-parcs ; certains de ceux-ci sont devenus permanents. Ces espaces peuvent aussi être des lieux d’art ; voir les réalisations de Martha Schwartz, Toshihiro Katayama et Halvorson Design à Boston avec un étonnant espace partagé pour les voitures et les piétons.

Résumé traduit pour ce blog. Date de l’article d’origine : 7 juin 2012. Photo du bas : zone commerciale près Lorient.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s