Le jeu dans les espaces publics : de nouvelles pratiques

Sous le titre « Jeux d’anges heureux », le magazine du Monde a publié le 14 février 2015 un article très intéressant de Julie Pêcheur sur l’évolution récente des pratiques en matière de jeux pour les enfants. Sous l’influence de l’Allemagne et de l’Europe du Nord, on commence en France à réhabiliter les notions d’aventure et de prise de risque dans les aires de jeux. L’aire du parc de Belleville (photo ci-contre, auteur Paul Arnaud) est la figure de proue de ce nouveau mouvement, qui a déjà fait école avec d’autres réalisations dans le même esprit à Lyon et Bordeaux. On découvre, ou on redécouvre, que « le jeu, c’est très sérieux » et que des activités ludiques riches sont essentielles au développement physique, intellectuel, social et affectif des enfants. L’article montre comment les paysages urbains dévastés par la guerre ont inspiré la notion de terrain d’aventure dans les villes allemandes tout comme à Londres, Amsterdam ou Copenhague.

L’ère (l’aire ?) du « tout sécuritaire » pourrait avoir vécu dans plusieurs pays d’Europe, si l’on en croit l’auteur de l’article qui rappelle cependant que « la France est clairement à la traîne » et qu’ « à de rares exceptions près, la place de l’enfant dans la ville n’y intéresse personne ». En attendant que ça change, nous pouvons déjà nous intéresser à des réalisations dans l’esprit « lighter / quicker / cheaper » (nettement différent de Belleville, au vu des photos…) telles que l’étonnant terrain vague / bidonville de jeux pour enfants créé à Wrexham, Pays de Galles (photos ci-contre, auteur indéterminé, vidéo ici. – et aussi ici sur BBC News, sans doute plus intéressante).

Dans le même ordre d’idées, le magazine en ligne « metropolitics.eu » propose, en date du 20 mars 2015, un article de Sonia Curnier intitulé « Programming play into public space ? » qui examine les pratiques de jeu dans les espaces publics selon que ces activités ont été programmées à l’avance ou qu’elles résultent d’un détournement par les usagers. Il apparaît que les aires de jeux planifiées n’ont pas forcément de succès, alors que le public prend beaucoup de plaisir à des usages ludiques d’espaces non « prévus pour » – un exemple étant donné par les colonnes de Buren au Palais-Royal. Il ne s’agit pas d’en conclure qu’il n’y a pas lieu de prévoir expressément des espaces pour les jeux : l’auteur constate que certains aménagements planifiés offrent bien davantage d’opportunités que d’autres à l’égard des jeux, et que la flexibilité des aménagements par rapport à leurs possibilités d’usage est un facteur de succès important. Elle rappelle également que les aménagements les plus réussis à cet égard sont souvent ceux qui incitent à la pratique de jeux sans prescrire d’usages particuliers, donc en laissant de la place au désordre, au risque et surtout à la créativité des habitants. Après tout, conclut-elle, « la récréation n’est-elle pas essentiellement une affaire de re-création, c’est à dire une manière de s’approprier des objets en les détournant de leur fonction initiale ? ». Merci à Ludovic Devernay pour le lien vers cet article.

Date de l’article d’origine : 14 avril 2015

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