Comparaison des méthodes de cartographie de l’usage social des espaces verts

Dans un article de 2015 intitulé « Methods for mapping recreational values in urban green spaces in nordic countries and their comparative merits for urban planning », trois chercheurs de l’université d’Aalborg (Danemark) passent au banc d’essai plusieurs méthodes utilisées dans les pays nordiques pour évaluer et cartographier les fonctions sociales des espaces verts dans une perspective de planification urbaine.

Ces méthodes sont :

  • Park character analysis (PCA), une méthode suédoise qui s’inspire de la méthode « Recreation Opportunity Spectrum » développée aux USA dans les années 1970. Initialement basée sur des caractéristiques spatiales prédéfinies observées sur le terrain, et ne comportant pas d’enquête, elle a récemment évolué pour intégrer la dimension de l’expérience sensorielle vécue par les usagers.
  • Health planning and design : une méthode mise en œuvre en Suède et au Danemark, fortement inspirée par PCA et orientée vers le design d’espaces publics à une échelle très locale en intégrant des considérations de santé physique et psychique. Elle n’inclut pas d’enquête. Il est indiqué qu’elle n’est pas encore suffisamment opérationnelle.
  • Experience Worlds : une méthode suédoise basée sur des recherches qualitatives axées sur l’expérience des usagers et utilisant le SIG pour une utilisation sur de grands territoires. Elle comporte des entretiens avec des groupes-cibles.
  • Experience classes : une méthode partie de Suède et utilisée ensuite au Danemark, basée sur l’analyse par SIG de 7 familles d’indicateurs (vie sauvage, sensations forestières, vues, biodiversité, activités physiques, histoire culturelle, services et rencontre). Elle comporte des entretiens avec des groupes-cibles. Sa mise en œuvre dans la région de Copenhague a conduit à ajouter deux autres groupes d’indicateurs plus appropriés à des environnements densément urbanisés.
  • Recreational experience mapping at small spatial scales : encore une méthode suédo-danoise, qui s’attache plutôt aux dimensions sensorielles. L’analyse permet de superposer, au sein d’un même espace, les aires correspondant à des expériences différentes.
  • Sociotope mapping : une méthode suédoise qu’on ne présente plus ici. Les auteurs en indiquent quelques faiblesses : la carte est difficile à comprendre pour des non spécialistes [note : mais c’est plus simple avec des pictogrammes], et elle peut laisser de côté des espaces inutilisés mais ayant du potentiel, du fait que l’enquête se focalise sur les « espaces préférés ».
  • Social values : la méthode « Social values mapping » a été conçue en Finlande, à l’origine dans le cadre d’un projet européen sur la gestion des forêts urbaines. Elle se rapproche de la méthode des sociotopes mais elle s’en distingue notamment par le fait qu’elle cartographie aussi les expériences négatives. Elle est considérée comme assez lourde du fait de la cartographie sous SIG. Elle a été mise en œuvre dans plusieurs villes de Finlande.

Ces méthodes sont présentées et comparées dans le tableau ci-dessous.

Un autre tableau (ci-dessous) compare les performances des 7 méthodes, et il apparaît que c’est la méthode des sociotopes qui s’en sort le mieux, récoltant la note maximale pour les cinq indicateurs.

Les auteurs du rapport rappellent que les pays nordiques – et en particulier la Suède – ont une longue tradition en matière de recherche et de planification sur les espaces verts, qui leur permet aujourd’hui d’être en pointe dans ce domaine. Ils ont toutefois intégré l’expérience britannique, qui donne traditionnellement une grande importance à l’usager. Les auteurs soulignent également que curieusement, aucune législation nationale n’impose ce genre d’approche ni, a fortiori, une méthode particulière ; mais ils relèvent aussi que ce « vide institutionnel » n’empêche pas certaines de ces méthodes d’être mises en œuvre à des échelons décentralisés.

En conclusion, le rapport insiste sur la nécessité, pour l’avenir, de compléter les approches trop strictement chiffrées (par exemple la distance aux espaces verts ou la superficie d’espaces verts par habitant), ou centrées uniquement sur des caractéristiques physiques, par des approches plus qualitatives ouvertes aux expériences et préférences du public.

Image du haut : espaces verts et lieux d’activités sportives à Helsinki. Image du bas : parc urbain à Helsinki.

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