Love on the beach

En 1937, un organisme dénommé « Mass Observation » fut créé à l’initiative d’un groupe d’intellectuels de gauche britanniques. Son objectif était de promouvoir la connaissance de la société britannique par des campagnes d’enquêtes de terrain et de questionnaires, réalisés par un réseau d’observateurs bénévoles. Une des premières initiatives de ce groupe porta sur certaines activités nocturnes censées se pratiquer en plein-air à Blackpool, la grande station balnéaire du nord-ouest de l’Angleterre. Cette station populaire, très fréquentée par les habitants des grandes villes ouvrières avoisinantes, avait la réputation d’être un lieu de perdition, voire une véritable « Sodome-et-Gomorrhe », pour les masses laborieuses, et les militants de Mass Observation voulaient en avoir le cœur net.

Un soir de 1937, entre 23h30 et minuit, 33 observateurs se déployèrent le long de la plage. Le résultat de cette séance, dûment consigné dans des registres, fut le suivant : 208 couples enlacés dont 120 assis, 46 allongés et 42 debout, 9 cas de pelotage en voiture et 7 filles assises sur des genoux masculins. Un observateur remarque, avec une certaine déception, que contre toute attente les comportements étaient dans l’ensemble très sages, puisque seulement trois cas de « pelotage poussé » avaient été observés ce soir-là. Le compte-rendu de l’enquête ajoute très sérieusement qu’un des observateurs participa lui-même à faire gonfler les statistiques, puisqu’ayant par inadvertance croisé sur la promenade le regard d’une attrayante jeune personne, il aurait mis son bloc-notes de côté pour se livrer avec celle-ci à une petite séance de « knee-trembling » (expression étrangement absente de mon dictionnaire, mais dont le sens doit pouvoir se deviner).

Cette anecdote, qui m’a paru tout à fait appropriée pour reprendre le fil de ce blog en pleine période estivale, nous apprend à la fois que la plage est un excellent sociotope (on s’en doutait un peu), que les enquêtes sur les usages des espaces publics ne datent pas d’aujourd’hui, et que l’observateur doit en toutes circonstances garder un minimum de distances par rapport à l’objet de son étude, sous peine de fausser fâcheusement les résultats de ses enquêtes.

 Source : « Cream teas, traffic jams and sunburn : The Great British holiday », par Brian Viner (Simon & Schuster, 2011).

Date de l’article d’origine : 25 juillet 2011

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