Une contribution à l’étude des micro-sociotopes

(date de l’article d’origine : 17 novembre 2014)

Un des  problèmes posés par la méthode des sociotopes est la prise en compte des espaces de petite taille. Dans les premiers travaux réalisés à Stockholm, il avait été décidé de ne pas cartographier individuellement les sociotopes d’une superficie inférieure à 5000 m² (0,5 ha). Si cette solution est raisonnable lorsqu’il s’agit de travailler sur des grands territoires (à l’échelle d’une ou plusieurs communes), elle n’est pas forcément satisfaisante pour travailler à l’échelle d’un quartier par exemple. Ce problème avait été mis en évidence dès la première étude réalisée en France avec la méthode des sociotopes, en l’occurrence sur la commune de Ploemeur (Morbihan).

Un travail réalisé en 2012 par la chercheuse et architecte Eva Minoura (The « ungarden » : where is appropriable space in current planning praxis ?« ) propose une méthode très intéressante pour analyser les fonctions sociales des espaces ouverts produits par la planification urbaine, principalement dans les quartiers d’habitat collectif.

Le propos de l’auteur est de dépasser les classifications entre « public », « privé », « semi-public » etc., trop peu opérantes pour comprendre comment les gens pratiquent réellement ces espaces, en les remplaçant par une approche plus précise. Au terme de ses travaux d’observation sur le terrain et d’analyse des formes urbaines, elle conclut à l’existence de quatre catégories d’espaces ouverts (= non construits) autour des habitations :

– L’espace perturbé : situé directement en pied d’immeuble et jusqu’à 5 m de celui-ci. Il est « commandé » par le bâtiment et en principe inexploitable pour un usage social, hormis des fonctions de déplacement ou de remisage de matériels (vélos, poubelles…)

– L’espace exposé : il occupe une bande de 20 mètres à partir du domaine public, c’est à dire par exemple d’une rue ou de tout autre espace utilisé par le public général. Dans cette bande, l’intimité de l’habitant n’est pas garantie par rapport au regard des passants (c’est à partir d’une vingtaine de mètres qu’on commence à pouvoir remarquer l’expression du visage d’une personne).

– L’espace ambigu : c’est celui qui relève à la fois des deux catégories précédentes. L’espace est une dépendance de l’immeuble qui le jouxte et le domine, tout en étant sous le regard des passants.

– L’espace non perturbé : c’est ce qui reste de l’espace ouvert quand on en retranche les catégories précédentes ; ce sont des taches d’espaces suffisamment à l’écart des pieds d’immeubles et des voies publiques pour que des usages sociaux diversifiés par les habitants du quartier puissent se développer. De fait, l’observation confirme que c’est bien là et pas ailleurs que de tels usages ont lieu.

A partir de ce constat – difficile à résumer en quelques lignes – on peut concevoir des pratiques de l’aménagement qui favorisent une utilisation optimale de l’espace par les habitants, et évitent donc les gaspillages générés par la prolifération d’espaces inutilisables ou par l’implantation d’aménagements (bancs, jeux…) qui ne seront pas utilisés.

Téléchargement du rapport d’Eva Minoura (en anglais) : ici.

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